Le contexte du détournement
Le 8 mars 1999, un fax émanant de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG) déclenche une série d’événements qui alimentent aujourd’hui une des enquêtes les plus intrigantes et complexes dans l’histoire financière de la Guinée. Ce jour-là, M. Ibrahima Cherif Bah, alors gouverneur de la BCRG, signe une demande de transfert de 10 millions de dollars depuis le compte de la Banque Centrale, destiné à une entreprise américaine, Armstrong & Detgen, censée effectuer un placement pour une ONG nommée Humanity for the World Inc.
Ce transfert et les événements qui en ont découlé n’ont jamais cessé de susciter des questions. Qui était réellement derrière ce transfert massif d’argent ? Pourquoi le montant était-il destiné à une entreprise privée américaine plutôt qu’à une organisation humanitaire directement ? Et surtout, que sont devenus ces fonds ? Après plus de deux décennies, Cherif Bah, ex-gouverneur de la BCRG et ancien vice-président de l’UFDG, devait se présenter le 20 janvier 2025 devant la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF). Cependant, il s’est présenté comme absent du pays, ce qui ajoute encore plus de mystère à une affaire déjà pleine de zones d’ombre.
1. Les circonstances du transfert : Un procédé flou et des failles dans la procédure
La demande de transfert de 10 millions de dollars du compte de la BCRG à une entreprise privée américaine a été enregistrée le 8 mars 1999. Selon le document transmis à M. Bah, l’argent devait être transféré vers le compte de l’entreprise Armstrong & Detgen, qui à son tour devait rediriger ces fonds vers l’ONG Humanity for the World Inc.
Ce processus a immédiatement suscité des interrogations sur la légalité et la transparence d’une telle opération. Normalement, les transferts de fonds importants, notamment ceux en provenance d’une Banque Centrale, sont soumis à une surveillance rigoureuse, en particulier lorsqu’ils concernent des ONG. Mais ici, aucune documentation solide ne semblait accompagner cette transaction, et l’ONG en question, Humanity for the World Inc., n’était pas une organisation largement connue ou opérant visiblement en Guinée.
Plus étrange encore, un autre fax envoyé à M. Bah par Armstrong & Detgen fait état de l’intention de sécuriser le placement des fonds dès leur réception. Cette mention de “sécurisation” des fonds laisse planer des doutes sur les réelles intentions des parties impliquées. Était-il question d’un investissement à des fins privées ou de la création d’un placement risqué et opaque ?
2. L’ONG Humanity for the World Inc.: Une entité fictive?
L’un des éléments les plus préoccupants dans cette affaire concerne l’ONG Humanity for the World Inc., qui était censée recevoir les 10 millions de dollars. Une recherche plus approfondie révèle que cette organisation, mentionnée dans la demande de transfert, semble avoir été créée pour les besoins de cette opération, mais aucune preuve concrète de son existence en tant qu’entité opérationnelle n’a pu être trouvée.
Il est à noter que la plupart des ONG authentiques sont enregistrées auprès des autorités compétentes et disposent d’une trace de leur activité dans les registres officiels. Toutefois, Humanity for the World Inc. ne figure dans aucune base de données pertinente, ni aux États-Unis, ni ailleurs. Ce manque de visibilité et de transparence suscite de nombreuses questions : s’agissait-il d’une organisation fictive créée uniquement pour légitimer ce transfert d’argent ?
L’absence de vérification appropriée des bénéficiaires des fonds semble avoir été un manquement majeur dans le processus de gestion des fonds publics à la BCRG. Le fait que Cherif Bah ait approuvé cette transaction soulève la question de sa responsabilité dans cette opération.
3. Le rôle de Cherif Bah et l’absence de responsabilité
Cherif Bah, qui était à la tête de la Banque Centrale de Guinée à l’époque des faits, joue un rôle central dans cette affaire. Non seulement il a validé et signé le transfert des fonds, mais il a aussi agi en tant que principal garant de l’intégrité des finances publiques. Cependant, l’opacité de cette transaction et l’absence de documentation adéquate suggèrent un manquement à ses devoirs de surveillance.
L’absence de Bah lors de son audition à la CRIEF le 20 janvier 2025 ne fait qu’aggraver la situation. Selon certaines sources, il aurait quitté le pays pour des raisons qui restent floues. Cette fuite pourrait être interprétée comme une tentative d’échapper aux poursuites dans un dossier qui pourrait bien s’avérer être une affaire de corruption d’envergure. Mais il convient de noter que, jusqu’à présent, Bah n’a pas été formellement accusé, bien que l’enquête continue.
La responsabilité de Cherif Bah dans cette affaire est donc une question clé pour la justice guinéenne. A-t-il agi de bonne foi en validant ce transfert ou était-il complice d’un stratagème financier plus vaste ? La CRIEF, en son rôle de tribunal chargé de juger les infractions économiques et financières, devra déterminer dans quelle mesure Bah était impliqué dans ce détournement présumé.
4. Les conséquences sur la Guinée et la Banque Centrale
Au-delà des implications légales et morales, le détournement de ces 10 millions de dollars a eu un impact direct sur la Guinée et son secteur bancaire. L’image de la Banque Centrale a été ternie, et des questions ont été soulevées sur l’intégrité des autres transactions financières et des pratiques bancaires en Guinée à l’époque. La gestion des fonds publics par les institutions guinéennes a fait l’objet de vives critiques, non seulement en raison de la mauvaise gestion apparente des ressources, mais aussi de la négligence dans la vérification des transactions.
Le transfert des fonds à une entreprise privée, plutôt qu’à une organisation humanitaire légitime, met également en lumière la faiblesse du contrôle financier sur les fonds publics, ce qui pourrait avoir permis à des individus ou groupes malintentionnés de détourner de l’argent destiné à des fins humanitaires.
Une affaire en suspens
L’affaire du détournement de 10 millions de dollars par Cherif Bah, bien qu’elle remonte à 1999, demeure un sujet de grande importance pour la justice en Guinée. Les zones d’ombre qui entourent cette transaction, ainsi que le rôle ambigu joué par l’ex-gouverneur de la BCRG, continuent de soulever des questions. Alors que Cherif Bah reste absent du pays, il est impératif que les autorités compétentes poursuivent leur enquête pour que la vérité éclate et que les responsables soient tenus pour comptes.
Cette affaire pourrait bien marquer un tournant dans la lutte contre la corruption et les infractions financières en Guinée, soulignant l’importance de la transparence et de la rigueur dans la gestion des finances publiques. La CRIEF, dans ses prochaines décisions, aura un rôle déterminant à jouer pour établir la vérité et faire toute la lumière sur cette énigme financière.
M Bachir Baldé Pour c24news.info
- Appel immédiat à l’intervention des pompiers pour un incendie à Yattaya Fossedet - décembre 13, 2025
- Congé exceptionnel dans le système éducatif guinéen : une décision présidentielle à l’approche des élections - décembre 11, 2025
- Grand Prix FONIJ 2025 : Gbadé Koïvogui sacré lauréat des 200 millions FG. - décembre 11, 2025






