Justice et Réparations : Vers la Mise en Œuvre d’un Programme de Réparations pour les Survivants du Massacre du 28 Septembre 2009 en Guinée

Le 25 février 2025, le Centre Culturel Franco-Guinéen a accueilli une conférence de presse organisée par l’AVIPA (Association des Victimes du 28 septembre 2009), dans le cadre de ses efforts pour sensibiliser les parties prenantes et le public à l’importance de la mise en place d’un programme national de réparations pour les survivants des violences et autres violations graves des droits humains, notamment les victimes du massacre du 28 septembre 2009 à Conakry. Cette conférence s’est tenue de 10h à 14h, et a réuni de nombreuses personnalités du gouvernement, des organisations de la société civile, des avocats des victimes, ainsi que des médias nationaux et internationaux.

L’événement a été modéré par Hadjiratou Baldé, journaliste, et présenté par Maimouna Sané, également journaliste. Des échanges intenses ont eu lieu entre les différents acteurs présents, notamment le représentant du ministère de la Justice, l’honorable Douno du CNT, et plusieurs avocats des victimes. Les discussions ont principalement porté sur la nécessité de faire appliquer la loi sur la réparation des victimes du massacre du 28 septembre 2009 en Guinée.

Les Prises de Position des Intervenants

L’honorable Douno, représentant du CNT, a affirmé l’engagement du gouvernement à appliquer la loi pour les réparations des victimes en Guinée de manière intégrale. De son côté, le représentant du ministère de la Justice a insisté sur le fait que le gouvernement actuel prendra toutes les mesures nécessaires pour confirmer son engagement en faveur de l’accompagnement des victimes du massacre, tout en soulignant la détermination de l’État à honorer ses obligations en matière de réparation.

Madame Asmaou Diallo, présidente de l’AVIPA, a exprimé son inquiétude quant à l’absence de réparations concrètes depuis le massacre de 2009. Elle a rappelé les promesses faites par l’ex-ministre de la Justice, Charles White, mais qui, jusqu’à présent, n’ont pas abouti. Elle a également salué l’Agence Française de Développement (AFD) pour la construction d’un centre d’accueil pour les victimes à Maferenyah, un projet symbolique pour toutes les victimes de la Guinée. Madame Diallo a lancé un appel solennel au CNT pour qu’il adopte la loi sur les réparations et assure un véritable soutien aux victimes.

Retour sur le Massacre du 28 Septembre 2009

Le massacre du 28 septembre 2009 à Conakry reste l’un des événements les plus tragiques de l’histoire récente de la Guinée. Lors de cette manifestation de l’opposition, plus de 50 000 personnes se sont rassemblées pour protester contre le gouvernement de la junte militaire dirigée par Moussa Dadis Camara. Ce rassemblement a été brutalement réprimé, avec des exécutions sommaires, des disparitions forcées, des violences sexuelles systématiques, des tortures, et des arrestations arbitraires.

Une commission d’enquête internationale a documenté le meurtre ou la disparition de 156 personnes et confirmé que plus de 100 femmes avaient été victimes de violences sexuelles. Après 13 ans d’attente, le procès a débuté en 2022, et plusieurs condamnations ont été prononcées, mais les réparations concrètes pour les victimes restent inexistantes.

Le projet de loi sur les réparations, en discussion depuis 2023, vise à offrir des réparations financières et symboliques aux victimes du massacre, mais sa mise en œuvre reste encore incertaine. En décembre 2024, un colloque de travail a été organisé pour discuter des mécanismes nécessaires à la mise en œuvre du programme de réparation, avec la proposition de créer un organisme national dédié à la gestion de ces réparations.

Les Objectifs de l’Activité et les Résultats Attendus

L’objectif principal de cette conférence était de sensibiliser à l’urgence de mettre en place un programme de réparations pour les survivantes de violences sexuelles et autres violations graves des droits humains. Parmi les objectifs spécifiques, on peut citer : montrer le rôle des survivantes dans le plaidoyer pour les réparations, favoriser un dialogue constructif entre les acteurs clés, et mettre en lumière la résilience des victimes à travers des témoignages poignants.

L’AVIPA et ses partenaires attendent des engagements clairs de la part des autorités, notamment du CNT et du ministère de la Justice, pour accélérer la mise en place des réparations. Un autre résultat clé est de renforcer la visibilité des survivantes et de leur travail de plaidoyer pour garantir que leurs voix soient entendues dans le processus décisionnel.

Les Acteurs Impliqués et les Perspectives

Cette conférence a rassemblé des représentants de plusieurs institutions nationales et internationales, notamment le GSF, l’AFD, l’Ambassade de France, la Délégation de l’Union Européenne, les avocats des victimes, ainsi que des victimes elles-mêmes. La participation active des survivantes et des associations de défense des droits humains reste cruciale pour la réussite de cette initiative, et l’AVIPA continue de plaider pour des réparations effectives.

La question de la réparation des victimes du massacre du 28 septembre 2009 en Guinée reste donc un combat d’une importance capitale pour la justice transitionnelle dans le pays. L’engagement des autorités nationales et internationales sera déterminant dans les mois à venir, et cette conférence de presse a permis de poser les jalons d’une mobilisation continue pour un avenir où la justice sera enfin rendue aux victimes.

M Bachir Baldé Pour C24news.info