Conakry, 7 avril 2025 – La Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) a été le théâtre d’une vive tension ce matin, lors de l’audience impliquant plusieurs personnalités de l’ancienne administration, dont le Dr Ousmane Kaba, l’ex-ministre de la Pêche Boubacar Barry et Mansa Moussa, tous présents dans le box des accusés. Ces derniers sont poursuivis pour des faits graves d’abus de confiance et d’usage de faux en écriture publique, notamment en lien avec des contrats de pêche et d’autres transactions financières ayant impliqué des fonds publics.
Les accusations et la procédure judiciaire
L’audience de ce matin a principalement été consacrée aux demandes de récusation formulées par la défense, visant à contester l’impartialité du juge Yacouba Conté, en charge de l’affaire. Les avocats des accusés ont estimé que les conditions d’un procès équitable n’étaient pas réunies, une demande qui a été rejetée par le juge.
Dr Ousmane Kaba, ancien ministre de l’Économie et des Finances, se retrouve au cœur de ce dossier, accusé d’avoir abusé de sa position pour orchestrer des manœuvres financières frauduleuses. Selon les allégations portées contre lui, le préjudice causé serait considérable, non seulement pour les entreprises guinéennes mais aussi pour l’État.
Le juge Yacouba Conté, après avoir pris connaissance des arguments des deux parties, a ordonné l’ouverture d’une procédure judiciaire contre le Dr Kaba, après avoir estimé que le délit d’abus de confiance était constitué.
Cependant, l’issue de cette audience ne fut pas aussi claire que l’on pourrait le penser. Le Dr Kaba, par le biais de ses avocats, a demandé un renvoi de l’audience, arguant que de nouveaux éléments de preuve étaient nécessaires pour une défense complète. Cette demande de renvoi a cependant été fermement rejetée par le représentant de la société Banguina, qui a pris place en tant que partie civile dans cette affaire.
La société Banguina au cœur de la procédure
La société Banguina, spécialisée dans la fourniture de services pour l’industrie de la pêche, est l’une des parties les plus affectées par cette affaire. Elle a déposé une plainte contre les accusés, réclamant pas moins de 22 millions de dollars en réparation pour les pertes financières qu’elle prétend avoir subies suite à la rupture de son contrat avec l’État guinéen. Selon le représentant de la société, cette rupture a été causée par des décisions irrégulières prises par les anciens responsables politiques, notamment Dr Ousmane Kaba, ce qui a eu des répercussions directes sur les activités de la société.
Le procureur de la République a, quant à lui, souligné que la société Banguina avait effectivement souffert des actions de l’État, mais qu’une analyse plus approfondie des preuves était nécessaire pour déterminer la part de responsabilité des accusés dans cette affaire. Le montant de 22 millions de dollars réclamé par la société semble faramineux, mais il représente selon la société les pertes liées à l’annulation de son contrat, à des investissements non rentabilisés et à des opportunités économiques perdues.
La défense s’oppose à la réclamation de Banguina
De leur côté, les avocats des accusés, en particulier ceux de Dr Ousmane Kaba, ont réagi vivement à cette demande de réparation. Ils ont contesté les accusations de la société Banguina et ont affirmé que leur client n’avait pas agi de manière illégale. Selon les avocats, la rupture du contrat n’était en aucun cas liée à des pratiques frauduleuses, mais plutôt à des raisons économiques et administratives indépendantes de la volonté des accusés.
De plus, les avocats de la défense ont demandé que la société Banguina soit reconventionnellement condamnée pour les atteintes à l’image de leurs clients. Ils soutiennent que la société a terni l’image des accusés en lançant cette procédure judiciaire, ce qui a causé un préjudice moral important à ces derniers. L’avocat de Dr Ousmane Kaba a même souligné que le nom de son client avait été injustement associé à des pratiques corrompues, alors que ce dernier n’était en aucun cas responsable de la gestion quotidienne des contrats en question.
Un bras de fer juridique en perspective
L’issue de cette affaire est incertaine, car les arguments des deux parties se confrontent sur plusieurs aspects essentiels : l’abus de confiance, l’usage de faux en écriture publique, et la responsabilité dans la rupture du contrat entre l’État et la société Banguina. Ce procès met en lumière non seulement des dysfonctionnements administratifs, mais aussi des tensions politiques et économiques qui traversent l’histoire récente de la Guinée.
Le juge Yacouba Conté a annoncé qu’il rendrait une décision après avoir examiné les éléments de preuve et les arguments des deux parties. En attendant, les accusés restent sous le coup des accusations et la société Banguina continue de réclamer réparation pour les préjudices qu’elle affirme avoir subis.
Une affaire symbolique pour la Guinée
Ce procès est d’autant plus important qu’il touche de près plusieurs personnalités politiques influentes, tout en soulevant des questions sur la gestion des ressources publiques en Guinée. Si le dossier continue d’évoluer sur un terrain politique et économique sensible, il pourrait avoir un impact significatif sur la perception de la gouvernance en Guinée et sur la confiance des investisseurs dans le pays.
L’audience suivante promet encore d’être animée, avec des rebondissements potentiels autour des preuves présentées, des demandes de renvoi et des conclusions des parties civiles et défensives. Le pays attend désormais la suite de ce procès avec impatience, dans un climat de tension et de spéculation sur les implications politiques futures.
M Bachir Baldé Pour C24news.info
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