Après l’assaut en mer, les survivants de la flottille Global Sumud dénoncent « une machine de torture » israélienne

Istanbul — Ils sont revenus le visage fermé, le corps marqué et la voix brisée. Accueillis à Istanbul après plusieurs jours de détention par Israël, les militants de la flottille humanitaire Global Sumud racontent aujourd’hui ce qu’ils décrivent comme une campagne de violences systématiques menée contre des civils venus défier le blocus imposé à Gaza.

Arrivés à bord de trois vols distincts, les participants de la mission affirment avoir été interceptés en pleine mer, dans les eaux internationales, avant d’être transférés de force vers des centres de détention israéliens. Leur objectif : acheminer un message de solidarité au peuple palestinien et dénoncer le siège étouffant imposé à l’enclave palestinienne depuis des années.

Mais à leur retour, ce ne sont pas seulement les images d’une mission empêchée qu’ils rapportent. Ce sont surtout des récits glaçants de brutalités, d’humiliations et de traitements inhumains.

« Violences physiques et sexuelles systématiques »
Bader Alnoaimi, avocat et codirecteur de l’équipe juridique de la flottille, affirme que les témoignages recueillis décrivent un schéma de violences organisé et répété.

« Nous avons documenté des violences physiques et sexuelles systématiques contre les participants », a-t-il déclaré, évoquant plusieurs cas de blessures graves ayant nécessité une prise en charge médicale urgente.

Selon les militants, les détenus auraient subi des passages à tabac, des privations de sommeil, des humiliations continues ainsi que des formes de torture psychologique destinées à briser leur résistance morale.

« Menottés jour et nuit »
Le militant algérien Muhammed Harkati raconte avoir passé toute sa captivité les poignets serrés dans des menottes en plastique puis en acier.

« Nous avons été maintenus entravés en permanence », explique-t-il. « Mais malgré tout ce que nous avons subi, cela reste insignifiant face à la souffrance quotidienne des Palestiniens sous occupation. »

Ses paroles traduisent l’état d’esprit de nombreux membres de la flottille, convaincus que leur propre calvaire n’est qu’un aperçu de la violence imposée depuis des décennies à la population de Gaza.

Des chiens d’attaque contre les détenus
Le témoignage du défenseur mauritanien des droits humains Muhammed Baba est l’un des plus choquants.

Selon lui, des chiens d’attaque auraient été utilisés contre les militants avant leur transfert vers des prisons situées dans le désert du Néguev.

« Ils ont lâché un chien sur moi. Il me frappait la poitrine et le visage avec son museau », raconte-t-il. « Cela s’est produit juste avant notre transfert vers la prison. »

Des accusations particulièrement graves qui, si elles étaient confirmées par des enquêtes indépendantes, viendraient renforcer les critiques internationales déjà nombreuses contre les pratiques de détention israéliennes.

Le 18 mai, la flottille — composée de 50 embarcations transportant 428 militants issus de 44 pays — faisait route vers Gaza lorsqu’elle a été interceptée par les forces israéliennes en pleine mer.

Des organisations de défense des droits humains et plusieurs observateurs juridiques dénoncent une opération contraire au droit international, estimant que l’arraisonnement de civils dans les eaux internationales constitue une violation grave des normes maritimes et humanitaires.

Parmi les personnes arrêtées figuraient notamment 78 citoyens turcs, dont plusieurs militants, avocats et défenseurs des droits humains.

Au-delà du drame humain, cette nouvelle affaire ravive une fois encore la colère internationale contre le blocus de Gaza et pose une question que les capitales occidentales continuent d’éviter : jusqu’où la communauté internationale laissera-t-elle Israël agir dans une impunité presque totale ?

Mariame Barry pour www.c24news.info
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